Faut-il aller mal pour avoir le droit de prendre soin de soi ?

Publié le 18 octobre 2026 à 12:49

Le ticket d’entrée

Il existe, dans la tête de beaucoup de gens, un guichet invisible. Pour avoir le droit de se reposer, de consulter, de demander de l’aide ou simplement de ralentir, il faudrait présenter un ticket. Et ce ticket, c’est la souffrance. Une vraie. Une qui se voit, qui se justifie, qui a l’air suffisamment grave pour qu’on ne nous accuse pas d’en faire trop.

Alors on attend. On se dit que ça va aller, que d’autres vivent pire, que ce n’est pas le moment. On continue, on serre les dents, on se débrouille. Jusqu’au jour où le corps, ou la tête envoie la facture : insomnies, irritabilité, fatigue qui ne part plus, sensation d’être à côté de sa propre vie. Et là, enfin, on se sent « autorisé ».

Le problème, c’est que ce système fonctionne un peu comme un garagiste qui n’interviendrait qu’une fois la voiture en panne sur le bas-côté. Techniquement, il fait son travail. Mais on aurait pu s’épargner la dépanneuse.

D’où vient cette règle ?

Personne ne l’a jamais écrite et pourtant presque tout le monde l’applique. Elle se nourrit de plusieurs croyances bien rodées.

La première, c’est que le soin se mérite. On a grandi dans l’idée que l’effort précède le repos, que se faire plaisir vient après le devoir, que s’occuper de soi est un luxe réservé à ceux qui ont « fini leur travail ». Sauf que le travail ne finit jamais vraiment.

La deuxième, c’est la comparaison. « Moi, ce n’est rien à côté de ce que traversent certains. » C’est vrai, il y a toujours plus difficile ailleurs. Mais la souffrance n’est pas un concours et personne n’a jamais guéri d’une fatigue en se rappelant que quelqu’un d’autre était plus fatigué.

La troisième, c’est la peur de passer pour quelqu’un de fragile, de se plaindre, de « se regarder le nombril ». Chez les personnes très sensibles, anxieuses ou habituées à porter les autres, cette crainte est particulièrement vive : on est celui ou celle sur qui l’on compte, pas celui ou celle qui demande.

Le soin n’est pas un lot de consolation

Voilà peut-être le point central : on confond souvent prendre soin de soi avec réparer ce qui est cassé. Comme si le soin n’avait de sens qu’après les dégâts.

Or le soin, c’est aussi et d’abord de l’entretien. On ne se brosse pas les dents parce qu’on a déjà une carie, on ne dort pas parce qu’on est déjà épuisé (enfin, en théorie). Marcher dehors, dire non à une sollicitation de trop, se poser une heure sans écran, parler à quelqu’un de ce qui nous traverse : ce sont des gestes ordinaires, pas des mesures d’urgence.

Et quand on s’y prend tôt, les choses se passent différemment. On a encore de la ressource pour comprendre ce qui se joue. On peut faire des choix plutôt que subir des conséquences. On évite cette impression d’avoir à reconstruire alors qu’il suffisait d’ajuster.

« Mais je vais plutôt bien, alors à quoi bon ? »

C’est la question qui revient souvent et elle est honnête. Aller « plutôt bien » n’est pas un problème à régler. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à explorer.

On peut aller bien et avoir envie de mieux se comprendre. De savoir pourquoi certaines situations nous épuisent plus que d’autres. D’identifier ce schéma qui revient dans nos relations. De poser des mots sur une inquiétude diffuse qui n’a rien de dramatique mais qui occupe de la place. De ne pas attendre que cela devienne bruyant pour y prêter l’oreille.

Se connaître mieux n’est pas réservé à ceux qui s’effondrent. C’est même plutôt plus agréable à faire quand on n’est pas dans le brouillard.

Et si le bon moment, c’était maintenant ?

Il n’y a pas de seuil officiel de souffrance à franchir. Pas de note minimale à atteindre sur une échelle imaginaire. Pas de comité qui examine votre dossier pour décider si votre fatigue est « assez légitime ».

Si une petite voix vous dit depuis un moment que quelque chose mériterait d’être regardé, c’est déjà une raison suffisante. Pas besoin d’attendre qu’elle crie.

Quelques questions peuvent aider à y voir plus clair :

  • Qu’est-ce que je m’accorderais sans culpabilité si je ne me demandais pas « est-ce que j’y ai droit ? »
  • À qui je dirais sans hésiter, « tu n’as pas besoin d’aller plus mal pour t’occuper de toi » ?
  • Que se passerait-il si je me traitais avec la même bienveillance que celle que j’offre aux autres ?

Les réponses sont rarement spectaculaires. Mais elles sont souvent un bon point de départ.

Ce que personne ne vous demandera

Personne ne viendra vous dire « maintenant, vous pouvez ». Il n’y aura pas de signal, pas de feu vert, pas de moment où tout sera suffisamment grave ou suffisamment calme. Si vous attendiez une autorisation, la voici : vous l’aviez déjà.


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Pas de ticket à présenter, pas besoin d’aller mal pour pousser la porte. Que vous traversiez une période difficile ou que vous ayez simplement envie de mieux vous comprendre, vous avez toute votre place ici.

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