Ce que j’entends vraiment quand quelqu’un me dit : « Je ne sais pas ce qui ne va pas »

Publié le 23 octobre 2026 à 12:24

Certaines personnes arrivent en sachant exactement pourquoi elles sont là. Elles ont une histoire à raconter, un événement à comprendre, une décision à prendre.

Et puis il y a celles qui s’assoient, cherchent leurs mots quelques secondes et finissent par dire :

« Je ne sais pas ce qui ne va pas. »

Souvent, elles ajoutent : « Pourtant, je n’ai aucune raison de me plaindre. » Elles sourient un peu, comme pour s’excuser de ne pas avoir de meilleure réponse. Comme s’il fallait apporter la preuve de son mal-être pour avoir le droit d’en parler.

C’est souvent à cet instant que j’ai envie de leur dire une chose toute simple : vous n’avez pas besoin de savoir ce qui ne va pas pour que ce que vous ressentez mérite d’être entendu.

Quand on ne va pas bien, sans savoir pourquoi

Nous avons appris à raconter nos difficultés de façon ordonnée : une cause puis une conséquence. Une rupture, un deuil, un travail qui épuise. On peut désigner ce qui fait souffrir.

Mais la vie intérieure ne fonctionne pas toujours ainsi. Il arrive que rien de particulier ne se soit produit. Pas de mauvaise nouvelle, pas de catastrophe identifiable. Les journées s’enchaînent, les obligations sont remplies, on répond aux messages, on plaisante même. De l’extérieur, tout semble normal.

Et pourtant, quelque chose s’est déplacé.

On se réveille déjà fatigué. On supporte moins bien le bruit, les demandes, les imprévus. Ce qui faisait plaisir devient plus difficile à apprécier. On a envie de voir du monde, puis, au moment de sortir, on préférerait rester seul. Ou bien c’est plus diffus encore : un brouillard intérieur, une impression de ne plus être tout à fait à sa place dans sa propre vie.

Comme rien ne permet de désigner clairement le problème, on finit par se demander s’il existe vraiment. C’est là que commence souvent une deuxième souffrance : celle de ne pas comprendre la première.

« Je n’ai pourtant aucune raison d’aller mal »

Cette phrase me touche particulièrement, parce qu’elle semble raisonnable, presque lucide. On fait le bilan : un toit, un travail, des proches, parfois une situation que d’autres envieraient. Alors, logiquement, on devrait aller bien.

On se compare à ceux qui traversent des épreuves plus visibles, plus graves, plus incontestables et l’on conclut que son malaise n’est pas légitime. Comme si les émotions fonctionnaient selon un barème de gravité.

Mais depuis quand faut-il mériter le droit de ressentir ce que l’on ressent ?

La gratitude et la souffrance peuvent parfaitement coexister. On peut aimer sa famille et se sentir seul, être heureux en couple et éprouver un manque difficile à nommer, avoir réussi professionnellement et se demander si l’on est encore à sa place. Ces contradictions ne font pas de nous des personnes ingrates ou incohérentes. Elles font partie de la complexité humaine.

Le problème n’est donc pas seulement de ne pas savoir ce qui ne va pas. C’est de s’interdire d’aller mal tant qu’on n’a pas trouvé une explication acceptable. On ressent un malaise, puis on culpabilise de le ressentir. Voilà deux difficultés au lieu d’une : ce qui pèse et tout ce que l’on fait pour se convaincre que cela ne devrait pas peser.

Il arrive que l’on souffre moins de ne pas comprendre ce que l’on ressent que de se reprocher de le ressentir.

Cette distinction paraît subtile, mais elle change beaucoup de choses. Car si nous cessons de nous juger, nous pouvons commencer à nous écouter.

Ce que j’entends derrière ces mots

Quand quelqu’un me dit qu’il ne sait pas ce qui ne va pas, je ne cherche pas immédiatement la cause. Je ne me dis pas qu’il a enfoui quelque chose ou qu’un événement passé explique forcément ce qu’il traverse. Ce serait aller trop vite et plaquer une explication sur une expérience que je ne connais pas encore.

J’accueille cette phrase pour ce qu’elle est : le point de départ d’une rencontre. Elle peut dire beaucoup de choses.

J’entends parfois une fatigue que le sommeil ne répare plus, celle d’une personne qui a longtemps tenu bon, assumé ses responsabilités et qui sent que quelque chose en elle ne suit plus le rythme.

J’entends parfois quelqu’un qui s’est tellement habitué à répondre aux besoins des autres qu’il ne reconnaît plus les siens. Il sait ce qu’attendent son conjoint, ses enfants, ses collègues, mais reste démuni quand on lui demande ce qu’il désire, lui.

J’entends aussi une vie qui ne correspond plus tout à fait à la personne que l’on est devenue. Pas forcément une mauvaise vie, ni une vie à quitter : simplement une vie où certaines choses ont perdu leur sens, tandis que d’autres n’ont pas encore trouvé leur place.

Et il y a celles et ceux qui n’ont pas l’habitude de parler d’eux. Ils savent rassurer, aider, trouver des solutions, mais face à leur propre vulnérabilité, ils se retrouvent sans mode d’emploi.

Dans tous ces cas, mon rôle n’est pas de deviner à votre place, ni de vous expliquer qui vous êtes. Il est de vous écouter, de vous aider à préciser ce que vous vivez, de vous proposer parfois un autre regard et de respecter votre rythme. Il m’arrive de reformuler, de relever une contradiction apparente, de revenir sur un détail qui semble compter pour vous. Si une piste ne vous correspond pas, nous l’abandonnons.

Un accompagnement n’est pas un examen. Il n’y a pas de bonne réponse attendue, pas de performance d’introspection à réaliser. Vous restez la personne la mieux placée pour comprendre votre expérience. Je ne suis pas là pour penser à votre place, mais pour vous aider à retrouver votre propre capacité à penser, à ressentir et à choisir.

Parfois, la meilleure chose que je puisse faire est de laisser un silence exister. Une personne qui cherche ses mots n’a pas forcément besoin qu’on les trouve à sa place.

Et si l’on commençait par une question plus simple ?

Quand on ne sait pas ce qui ne va pas, la question « Pourquoi est-ce que je me sens comme ça ? » peut tourner en boucle. On passe les derniers événements en revue, on cherche une cause dans son enfance, son couple, son travail. Cette recherche a son utilité, mais elle peut aussi devenir une exigence de plus : comprendre avant de ressentir, résoudre avant d’avoir regardé.

Je propose parfois de déplacer légèrement le regard. Plutôt que de demander pourquoi vous allez mal, essayez :

« Qu’est-ce qui est devenu difficile pour moi, ces derniers temps ? »

La question est plus concrète. Elle ne demande pas de comprendre toute votre vie, seulement de regarder ce qui se passe. Est-ce devenu difficile de vous lever le matin ? De supporter certaines conversations ? De dire non ? De vous réjouir de ce qui vous faisait plaisir ?

Vous pouvez aussi vous demander :

  • À quel moment de la journée est-ce que je me sens le plus lourd ?
  • Avec qui est-ce que je me sens obligé de faire semblant que tout va bien ?
  • Qu’est-ce que je continue à faire alors que cela me coûte de plus en plus ?
  • Si je n’avais rien à prouver à personne, qu’est-ce que je m’autoriserais à reconnaître ?

Ces questions ne servent pas à établir un diagnostic sur soi-même. Ce sont des invitations à observer son expérience avec un peu moins de jugement et un peu plus de curiosité. Parfois la réponse arrive d’un coup, parfois par fragments, parfois pas du tout. Mais on découvre souvent que la fatigue cachait la lassitude d’être toujours celui sur qui l’on peut compter ou que le manque de motivation signalait un manque d’espace pour soi.

Le but n’est pas toujours de découvrir pourquoi l’on va mal. Il peut aussi être de comprendre ce dont on a besoin maintenant : du repos, des limites plus claires, une conversation repoussée depuis longtemps, une activité qui fait du bien, un peu de tranquillité.

Parfois, le malaise persiste, s’intensifie ou s’accompagne d’une perte durable d’élan. Il mérite alors une attention particulière, éventuellement avec l’aide d’un professionnel de santé. Ne pas tout comprendre tout de suite n’empêche ni d’avancer ni de prendre soin de soi.

À quoi ressemble une première rencontre ?

Beaucoup de personnes hésitent à consulter parce qu’elles pensent devoir arriver avec les bons mots. Ce n’est pas nécessaire. Vous pouvez venir parce que vous vous sentez perdu, fatigué de fonctionner comme vous le faites ou éloigné de vous-même. Vous pouvez venir sans savoir très bien ce que vous attendez de cette rencontre.

Lors d’un premier rendez-vous, nous prenons le temps de faire connaissance. Vous me dites ce que vous pouvez, comme vous pouvez et je vous explique comment je travaille. Rien n’est décidé à l’avance et cette première rencontre ne vous engage à rien : elle sert aussi à vérifier que cette façon d’être accompagné vous convient.

Si vous êtes à Chaville ou dans les environs et que vous vous reconnaissez dans ces lignes, vous pouvez me contacter ici. Un simple message suffit, même s’il tient en une phrase.

Pour finir : vous pouvez commencer par ne pas savoir

Quand quelqu’un me dit « Je ne sais pas ce qui ne va pas », je n’entends pas un manque de lucidité, ni une incapacité à se comprendre. Je n’entends certainement pas une personne qui devrait revenir quand elle aura trouvé la bonne explication.

J’entends le début possible d’un cheminement, qui commence parfois par une phrase toute simple, prononcée avec hésitation.

Au fond, il ne s’agit pas seulement de comprendre ce qui ne va pas. Il s’agit de retrouver la possibilité de s’écouter sans se faire de reproches.

Vous n’avez pas besoin de savoir exactement ce qui vous arrive pour avoir le droit de vous arrêter, d’être écouté et de prendre soin de vous.

Parfois, le premier pas consiste simplement à ne plus rester seul avec ce que l’on ne comprend pas encore. Et si c’était déjà un début ?


Envie d'en parler ?

Pas de justification à fournir, ni besoin de savoir précisément ce qui ne va pas pour pousser la porte. Que vous traversiez une période floue, un moment difficile ou que vous ayez simplement envie de mieux vous comprendre, vous avez toute votre place ici.

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Un premier pas, à votre rythme.